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Un Poulet pour
les gouverner tous
Par al.jes & Ned J.

Avant-propos

Ami lecteur, ceci est l’une des deux œuvres fondatrices des GGP —l’autre est encore dans les cartons. Écrite à quatre mains, deux cerveaux et deux claviers (mais pas en même temps), Un Poulet fut un terrain d’expérimentation et d’amusement.

Une jeune affranchie, un poulet, une époque historique souillée de notre folie, et voici une série textuelle en douze « chapitres », un roman-feuilleton remis au goût « webesque » du jour, qui verra paraître un nouvel épisode toutes les deux semaines. Ami lecteur, amuse-toi bien !

Table des matières. Source. Haut de page.

Chapitre premier

Notre histoire commence en l’an 323 avant notre ère dans la campagne au nord de Byzance. Une légère brise soufflait dans les oliviers, la nuit était calme si ce n’est les cris étouffés qui s’échappaient d’un cabanon.

Lana, esclave affranchie, mariée bien trop tôt à un métèque, avait alors dix-neuf ans. Cela faisait donc deux ans qu’elle devait supporter un mari qu’elle n’avait jamais aimé, possessif et jaloux, qui la frappait dès qu’elle était regardée par un homme. Mais elle n’avait pas eu le choix.
Elle n’avait pas eu le choix non plus lorsqu’à sa naissance les dieux avaient choisi de la maudire. Car Lana était belle. Elle avait beau cacher sa beauté, être amochée par les coups de Nicandre, son époux, elle restait et serait à jamais incroyablement belle. Les hommes la regardaient. Certains, plus sadiques, lui faisaient une tape sur les fesses. Quant aux soldats de la garde, ces déchets humains, ils profitaient de l’absence de son mari pour venir chez elle. Et, inlassablement, alors que Nicandre rentrait de la boutique qu’il tenait en ville, il la frappait. Car il savait, quand il la voyait assise par terre, en larmes. Il savait quand il entendait ses clients parler de la beauté de son épouse. Il savait. Et il frappait. Pour que les hommes ne l’agressent plus de leur regard. Pour qu’il n’ait plus à la frapper. Et elle criait, dans ce cabanon qu’il appelait « maison ».

Un jour, alors que Lana s’apprêtait à plumer un poulet qu’elle avait acheté au marché, elle entendit le poulet parler.

Si j’étais toi, je ne ferais pas cela.

Lana n’en revenait pas. Un poulet qui parle ! Nicandre avait dû taper un peu trop fort la veille… Oui, c’était ça. Mais elle l’avait entendu !

Tu… C’est… C’est toi qui as parlé !?

L’animal confirma, et expliqua : il s’appelait Youwès et était un magicien, coincé dans un corps de poulet ad vitam æternam aux suites d’une erreur lors d’une manipulation magique. Il lui promit de faire ce qu’elle voudrait pourvu qu’elle l’épargnât. Elle lui raconta alors ses problèmes et lui demanda de les résoudre, s’il le pouvait. Le poulet jura que sa beauté deviendrait une bénédiction.

La journée fut alors paisible. Les soldats ne vinrent pas. Le soir, son mari lui sourit et ne la toucha pas.

Les mois passèrent, et Lana jouissait alors pleinement de sa beauté. Elle ne la cachait plus et commençait à apprécier que les hommes se retournent sur son passage. Les mains baladeuses devenaient rares et n’appartenaient plus qu’à de jeunes gens avec qui elle aurait volontiers partagé la couche si elle n’était pas mariée. Quant aux soldats, ils ne venaient plus la violer. Elle aurait tout de même voulu qu’ils meurent, mais avec la guerre perpétuelle que menait l’Empereur, ils ne devraient plus tarder à être envoyés combattre. Youwès l’aidait dans ses tâches ménagères grâce à ses pouvoirs et donc elle n’avait plus rien à faire d’autre que de se pavaner ou d’arpenter les rangées de la bibliothèque pour apprendre dans les papyrus. Elle apprit ainsi à lire, à calculer, à raisonner et à philosopher. Elle avait une vie presque parfaite.

Le seul problème restait son mari. Il ne la frappait plus, non. Il ne la touchait même plus. Il se contentait de la regarder avec un sourire béat et de lui rapporter de quoi vivre. Ce qui n’était pas plus mal.
Mais Lana ne l’aimait tout de même pas. Elle avait été forcée de se marier avec lui, et ne lui pardonnerait pas. Point.

Un soir d’été, après une fête, Nicandre désira sa femme un peu plus que d’habitude. Poussé par ses hormones et par le vin, il voulut lui faire l’amour. Elle l’éconduit et le jeta dehors, annonçant qu’elle souhaitait le voir mourir. Il fut honteux, et triste. Il voulut présenter ses excuses, mais il n’eut pas le temps.
La foudre frappa.

5 août 2012. Haut de page.

Chapitre deux

Lana était atterrée. Nicandre gisait devant la porte, là. Elle avait dit à voix haute son souhait de le voir mourir, et Youwès l’avait exécuté.
Elle l’avait haï pourtant. Mais là, c’était comme si elle l’avait tué elle-même !

Néanmoins, la vie continua. En tant qu’héritière de Nicandre, elle reprit le commerce de son défunt époux. Ou plutôt ce fut l’esclave qui travaillait, mangeait, dormait, bref vivait dans la boutique qui la reprit, Lana se contentant d’habiter dans l’arrière-boutique.

Grâce aux pouvoirs du poulet, elle fit rapidement fortune et acquit deux nouveaux esclaves qui travaillèrent avec le premier. Elle s’acheta également une petite maison dans la campagne, une petite parcelle de terre et quelques esclaves supplémentaires pour entretenir la terre et la maison ainsi que lui fournir de quoi se nourrir.
Ainsi elle pouvait se débarrasser du maudit poulet qui lui avait valu la mort d’un homme. Une mort qui certes lui fut utile, mais qui la rongeait à chaque instant, car elle en était responsable. Une douleur telle qu’elle en venait à se dire qu’il aurait été préférable qu’elle continue de se faire violer par les soldats et battre par son époux. Tout cela parce qu’elle avait écouté un maudit oiseau qui parlait ! Elle aurait mieux fait d’écouter son idée première : elle avait reçu un coup de trop.
Et ce poulet en avait profité ! Elle qui voulait arrêter d’être belle, il lui avait fait aimer cette beauté plutôt que de la rendre laide ! Elle ne le maîtrisait pas !
Oui, c’est cela : elle ne le maîtrisait pas. Donc elle ne pouvait être responsable. Et si le souvenir de son mari la hantait, c’est probablement qu’il souhaitait être vengé.

Youwès vit la jeune veuve approcher, calme, un couteau dans la main. Non seulement elle n’était plus calme depuis la mort de son mari, mais en outre cela faisait des mois qu’elle ne se servait plus d’ustensiles de cuisine. Quelque chose n’allait visiblement pas. Alors il sonda son esprit, se focalisant sur l’essentiel. Était-ce un suicide ? Non. La victime ? Lui. Rien que ça… Si elle savait ⸮ Il se mit à rire. Le mobile ? La mort de son mari. Ah. Il arrêta de rire. Il aurait dû sonder son esprit avant d’envoyer Nicandre dans les Enfers. Place qu’il méritait pourtant… Oui, voilà la solution : elle ne voudrait plus le tuer si elle n’avait plus de remords.
Maintenant qu’elle était partie ranger le couteau en se disant que, finalement, son époux ne méritait pas d’être vengé, Youwès chercha ce qui pourrait lui faire plaisir, pour se faire pardonner. Ah, elle a pris plaisir à diriger ses esclaves. Il lui préparerait donc une surprise à base de pouvoir…

Cinq jours passèrent, où Lana avait retrouvé le sourire. Elle continuait son aventure autodidacte et gérait son commerce florissant. Au matin du sixième jour, une jeune esclave vint la déranger lors de son bain pour l’avertir qu’une escouade de soldats la demandait.
La jeune veuve se hâta de sortir de l’eau et de se préparer avant d’aller à leur rencontre.

Soldats, que me vaut l’honneur de votre visite ?

Ce n’était pas des miliciens : leur armure noire luisait malgré la poussière et leur maintient présupposait qu’ils étaient tous gradés. Celui qui était apparemment le chef prit la parole.

Madame, j’ai une bien triste nouvelle à vous annoncer. Votre ami, notre maître et Empereur, est mort récemment. Nous soupçonnons l’un de ses généraux de l’avoir empoisonné, mais nous ne pourrions le prouver.

Lana leva un sourcil interrogateur, se tournant vers Youwès, qui acquiesça de la tête. Décidément, ce magicien était plein de ressources. Qu’avait-il bien pu faire pour se retrouver bloqué dans ce corps de poulet ? Bah ! Il serait tout à fait temps de s’en occuper plus tard.

Je ne comprends pas…

Il a désigné sa succession avant de mourir. Il s’agit de vous.

19 août 2012. Haut de page.

Chapitre trois

Le corps du danseur ondulait, suivant la mélodie scandée par le chanteur. Roxanne se régalait, apportant une grande attention au mouvement des muscles du jeune eunuque et mouvant sa main au rythme de la mélopée. Elle vit s’ouvrir sur sa gauche une porte dérobée, d’où se glissa Shanak, l’une de ses servantes préférées. Cette dernière s’approcha de Roxanne et lui glissa quelques mots à l’oreille. La souveraine tapa dans ses mains et les artistes et autres courtisans quittèrent les lieux.
À présent seule, Roxanne se dirigea vers le balcon dominant les jardins et jeta son regard vers l’horizon. Elle vit alors le cortège s’approcher de la capitale depuis l’ouest. Malgré la distance, elle pouvait reconnaître les uniformes noirs de la Garde impériale ainsi que les casques et plastrons dorés de la Garde babylonienne, jurant affreusement avec le bleu de leurs tuniques. C’était elle qui avait chargé les soldats de la Ville d’aller à la rencontre de la nouvelle impératrice afin de l’escorter jusqu’à Babylone. Elle se doutait en effet que l’assassin de son défunt époux attaquerait ensuite l’héritière désignée par le précédent empereur. En premier lieu, elle soupçonnait le général Cassandre. Il était en effet le seul à pouvoir prendre le trône si celle qu’escortaient les deux Gardes venait à mourir.

Elle avait d’abord été furieuse d’apprendre que le fils qu’elle portait en son sein il y a encore quelques mois ne soit pas l’héritier, mais son mari et empereur l’avait raisonnée. Roxanne se souvenait encore de la phrase qu’il avait prononcée sur son lit de mort. Il lui avait dit ces mots :

Mon fils ne sera peut-être pas Empereur, mais il vivra plus longtemps que moi. Zeus me l’a promis en rêve…

La souveraine n’avait pas tout de suite saisi le propos, mais Héphaestion lui fit comprendre que l’Empereur avait été empoisonné. Elle sut alors que son fils, d’autant plus vulnérable qu’il était un nouveau-né, risquait d’être tué pour les mêmes raisons.

Roxanne sortit de la pièce, longea une colonnade puis descendit quelques marches qui suivaient le cours d’une rivière aménagée où poissons côtoyaient plantes aquatiques. Elle chemina au travers des jardins en terrasses qu’elle connaissait si bien. Ces jardins étaient la fierté de Babylone depuis maintes générations et elle aimait beaucoup les arpenter… Elle en avait même fait aménager un afin qu’il lui rappelle les steppes de son enfance ; là, point de plantes grimpantes ou rampantes, seulement de hautes herbes dont se repaissait une chèvre. C’était un endroit très calme où elle appréciait se reposer de temps à autres.
Les pleurs de son enfant la firent revenir à la réalité. Elle approchait déjà l’entrée du palais et la nourrice d’Aigos l’accueillit avec soulagement. À la vue de sa mère, le bambin se calma… Roxanne lui caressa le front de son pouce puis passa le portail principal, la nourrice lui emboîtant le pas.
Désormais, seuls un escalier et quelques gardes la séparaient de la plèbe en liesse.

Quand les acclamations redoublèrent d’intensité, Roxanne comprit que le cortège approchait. En effet, elle vit arriver la Garde et la voiture impériale lorsqu’ils passèrent le dernier virage à quelques dizaines de pas de l’escalier. Elle remarqua alors que son intuition avait été juste ; les soldats avaient été attaqués et avaient subi de lourdes pertes. Elle fit signe à l’un des soldats de la Garde de Babylone, qui la rejoignit et sur son ordre, lui fit un rapport de ce qui s’était passé.
La Garde babylonienne avait rejoint le cortège alors que ce dernier quittait l’Anatolie. C’est trois jours plus tard qu’un groupe de mercenaires les attaqua. Après la bataille, un prisonnier avoua avoir été payé par Cassandre.
On amena le captif à Roxanne qui, après avoir reçu confirmation de la culpabilité du général, ordonna qu’on le lui amène. Par ailleurs, le captif serait pendu haut et court, à titre d’exemple.

Roxanne renvoya le soldat et le capitaine de la Garde Impériale se pencha vers l’intérieur de la voiture pour glisser quelques mots à son occupante.
La nouvelle impératrice en sortit avec grâce. Elle salua la foule qui l’acclama en retour. Cette proximité avec le peuple ne fut pas du goût de Roxanne qui apprécia encore moins que la jeune fille attrapât, par elle-même, un objet au sein de son véhicule.
La jeune impératrice se tourna vers la veuve de son prédécesseur et gravit les marches qui les séparaient, un poulet dans les bras.

2 sept. 2012. Haut de page.

Chapitre quatre

Héphaestion ne comprenait pas. Tout d’abord, il ne comprenait pas pourquoi son amant ne lui avait jamais parlé de cette femme, qu’apparemment il connaissait si bien. Ensuite, il ne comprenait pas pourquoi l’Empereur qu’il avait conseillé pendant de si longues années l’avait écarté de sa succession au profit d’une complète étrangère au succès de son entreprise. Enfin, il ne comprenait pas comment une vulgaire paysanne pourrait se métamorphoser en une souveraine compétente.
Et pourtant elle avait très vite pris les choses en main : à peine arrivée elle était montée sur le trône et avait dicté ses premiers ordres, à savoir la traque de Cassandre et qu’on l’informât de l’état de l’Empire. Elle écoutait consciencieusement chaque rapport qu’il lui était fait et agissait en conséquence. Elle reçut une ambassade de Paurava et visiblement s’entendit très bien avec les visiteurs.
Aussi bizarre que cela paraisse, cette femme se montrait à l’aise avec la politique et particulièrement diplomate. Elle s’était rapidement attirée la sympathie des Grecs et Macédoniens par l’intermédiaire d’Alceste, le capitaine de la Garde Impériale. Cela ne l’étonnait guère d’ailleurs : cet Alceste lui avait toujours semblé très maniéré… En revanche, Lana avait visiblement plus de mal avec le clergé local. Quand le culte de Marduk était évoqué, la souveraine ne cachait même pas son ignorance des rites babyloniens et s’en remettait à ses conseillers. Et comme si cela ne suffisait pas, ce satané poulet —qu’elle transportait en tout lieu— caquetait de plaisir dès lors que l’Esagil était avantagé. À ce propos, Héphaestion avait été victime d’un tour assez amusant : un serviteur avait placé l’animal devant un vieux codex et en avait récité un passage de façon à laisser croire que le poulet lisait à voix haute. Il n’avait pas encore trouvé le responsable de cette blague, mais espérait pouvoir le féliciter pour le réalisme de la mise en scène.

Alors qu’Héphaestion en parlait à Licos, un soldat de la Garde Impériale qu’il avait côtoyé pendant de très nombreuses batailles, ce dernier lui fit part d’une anecdote, elle aussi pour le moins amusante, à propos de l’animal. Lors de l’attaque du convoi par les mercenaires de Cassandre, ces derniers prenaient l’avantage et allaient réussir à tuer leur protégée quand le volatile s’interposa entre les assassins et la victime, semblant vouloir la défendre. Quand les mercenaires comme la Garde virent ce qui se déroulait, ils cessèrent de se battre et en rirent. C’est à ce moment que la Garde babylonienne intervint et que la bataille reprit pour se terminer comme nous le savons.
Les deux hommes s’en s’esclaffèrent puis devisèrent en cheminant de l’avantage certain qu’avait pris Roxanne en envoyant la Garde de la Cité.

Puisqu’elle avait une longueur d’avance, Héphaestion se devait de la rattraper, voire de la distancer. En effet, il y avait toujours eu une certaine rivalité entre l’amant et l’épouse de l’Empereur. Non pas qu’ils étaient respectivement jaloux du rôle amoureux qu’avait l’autre. Il s’agissait davantage de l’influence qu’ils pouvaient ou auraient pu exercer auprès de ce dernier. Maintenant que l’Empereur avait traversé le Styx, Héphaestion pensait sérieusement à remplir le même rôle de conseiller et d’amant auprès de la nouvelle impératrice, joignant ainsi l’utile à l’agréable. Il ne lui resterait plus qu’à éviter les manipulations de l’intrigante princesse perse. Comme au bon vieux temps…

Chemin faisant, ils aperçurent Lana et Roxanne discutant dans le jardin-prairie de cette dernière. Le poulet était là aussi, juché sur la tête de la chèvre. Licos s’amusa de la présence du volatile, mais Héphaestion n’y prêta guère attention : la belle impératrice lui avait adressé un sourire, il en était sûr. Finalement, ça allait peut-être être un peu plus facile. Il la salua de la tête, puis les deux Grecs continuèrent leur promenade.

Plus tard, alors que la nuit était tombée et qu’Héphaestion avait rejoint sa couche, il vit une chandelle passer derrière les tentures marquant le début de ses appartements. Il se saisit de son épée, puis la reposa. Lana posa sa bougie sur le sol, puis se dévêtit.

16 sept. 2012. Haut de page.

Chapitre cinq

Le bourreau lui faisait face. La populace les entourait, criant, hurlant, chantant, mais il l’ignorait. Alors que l’homme qui allait l’exécuter lui répétait ses torts, il pensait.

Il était désormais seul. Cela faisait la troisième fois que l’un de ses alliés perses lui faisait comprendre qu’il ne pourrait plus le protéger. Le général déchu paniquait : il avait réussi à se débarrasser de son Empereur, mais il n’aurait jamais pensé que ce dernier laissât son trône à une inconnue. Au mieux son fils, un nourrisson qui eut tôt fait de rejoindre son père dans les Enfers ; ou encore son épouse, une mijaurée persane qui n’aurait aucune légitimité face à l’armée ; au pire son amant, un homme mesuré, mais qu’il aurait été facile d’abattre ; mais une inconnue… Cassandre n’avait pas tout de suite compris la subtilité du piège qui se refermait sur lui. Perplexe, il avait d’abord pensé la faire tuer par un groupe de mercenaires avant d’opérer au partage de l’Empire avec les autres diadoques, comme prévu initialement. Mais cette garce de Roxanne avait envoyé la Garde de la capitale aux devants de l’héritière et l’attentat avait échoué. Alors que le cortège impérial entrait dans la ville, il n’avait plus eu d’autre choix que de fuir.
Il avait alors tenté de se faire héberger et protéger par ses alliés perses, mais ceux-ci le rejetaient maintenant que la nouvelle s’était propagée. Il avait même de la chance que ces fourbes ne l’emprisonnent pas pour le livrer aux soldats qui le traquaient… La solution qui lui restait alors était de partir à l’ouest, en pays hellène, où de nombreux Macédoniens ne cachaient pas leur mécontentement de ne pas avoir un rôle central dans cet empire qu’ils avaient conquis. Au pire, il en partirait pour rejoindre l’une des nombreuses colonies grecques, où il serait introuvable. Mais en attendant, cela signifiait passer très près de la capitale…

Le bourreau l’amena alors devant le billot et lui demanda de s’agenouiller. Cassandre s’exécuta dignement. Puis, alors que le bourreau alla finir d’aiguiser son sabre, la foule exulta. Cassandre, lui, l’occulta, préférant retourner dans ses pensées.

Il avait été capturé. Alors qu’il chevauchait vers l’ouest, évitant les routes et la population, il avait traversé la région de Babylone. Puis, alors qu’il était fatigué, il avait baissé sa garde un instant. Instant qu’avait mis à profit une patrouille de soldats pour l’attirer dans un guet-apens et le capturer. Il s’était battu, vendant fort cher sa peau, mais un homme l’avait assommé lors du combat, et il s’était réveillé désarmé, ligoté et chargé sur un mulet comme une vulgaire marchandise. Il en avait souffert, et plus encore lors de son entrée dans la capitale sous les quolibets de la racaille populaire, puis avait été livré ainsi à l’impératrice. Il avait évité de peu le déshonneur du scaphisme, pourtant proposé avec insistance par la veuve du défunt souverain, l’héritière de ce dernier ayant annoncé qu’elle préférait le caractère plus « festif » de la décollation. On le fit attendre quelques jours dans une geôle, puis on l’avait amené devant le bourreau. La colère avait cédé place à la terreur, puis à l’abattement. Il allait mourir. C’en était fini.

Le bourreau lui demanda de poser sa tête sur le billot et leva son sabre. La foule se tut. C’est alors que le cri fusa.

Un instant !

L’impératrice se fraya un chemin jusqu’au l’échafaud et prit le sabre des mains du bourreau. Elle se tourna alors vers Cassandre, eut un sourire carnassier. Elle leva le sabre.

Le général ferma les yeux.

La lame siffla.

30 sept. 2012. Haut de page.

Chapitre six

Quelques semaines s’étaient écoulées, au cours desquelles Lana s’ennuyait de plus en plus en la présence d’Héphaestion… Non pas qu’il manquait d’intérêt, mais la jeune femme aurait aimé un peu de nouveauté. Lana s’était alors rapprochée d’un jeune prêtre de Marduk qu’elle avait rencontré alors qu’elle visitait l’Esagil sur les conseils de Youwès.
Le jeune homme, prénommé Sadi, se montrait particulièrement passionné, et aimait raconter cette ville, son histoire, ses mythes…
Un soir, alors qu’il était allongé sur la couche de Lana, Sadi entreprit de lui expliquer qui était Marduk :

Voyez-vous, noble et douce Impératrice, Marduk est Enlilūtu, le Seigneur des dieux qui règne sur les Cieux dans l’Enuma Elish. Mais auparavant, il n’était que le dieu tutélaire des moissons et du vent. Pour obtenir tous ses titres et ainsi se placer à la tête du Panthéon, il a accompli de très nombreux exploits, dont, par exemple, sa victoire sur l’infâme Zu.
Ce gigantesque volatile tyrannisait l’humanité après avoir dérobé les Tablettes de la Destinée. Anu, que vos semblables nomment Ouranos, choisit alors d’offrir le titre d’Enlilūtu à celui qui lui rapporterait les Tablettes. Aucun dieu n’osa affronter celui qui était devenu Maître du Destin, sauf le valeureux Marduk qui pourchassa le démon. Zu l’attira alors dans un piège et tenta lâchement de le perdre dans une tempête de sable infinie. Cependant, l’oiseau sournois avait oublié que Marduk était le Seigneur des Vents. L’envoyé d’Anu dispersa alors la tempête puis par surprise, jeta Zu au sol d’un coup de tornade. Le monstrueux voleur n’eut pas le temps de se relever : Marduk le Grand lui avait déjà fracassé le crâne à l’aide d’un rocher.
En cherchant les Tablettes, l’intelligent Marduk comprit que le perfide oiseau les avait avalées. Il confia alors à son dragon Mushkhushu le soin de dévorer le cadavre de l’infâme voleur avant de recracher les précieux artefacts. Une fois cela fait, le noble dieu se présenta devant Anu qui, convaincu de l’honnêteté de Marduk, lui confia le soin des Tablettes de la Destinée ainsi que le titre promis.

Lana l’interrompit :

Et qu’a-t-il fait des Tablettes ?

Son Dragon les garde dans le Saint des Saints de sa demeure : l’Esagil.

Voilà qui est bien intéressant ! s’exclama Youwès en entrant dans la pièce.

14 oct. 2012. Haut de page.

Chapitre sept

L’air était chaud et sec, le ciel sans un nuage. La nuit était tombée depuis longtemps sur Babylone, et seules la ronde des gardes et quelques vaguelettes sur l’Euphrate troublaient parfois le silence.
Soudain, deux ombres encapuchonnées descendirent les marches, sans un bruit, à la seule lueur des étoiles. Un soldat, les voyant, héla. Les ombres s’arrêtèrent, firent face. Quelques mots échangés plus tard, le garde se retira ; les ombres repartirent.

La grande porte s’entrouvrit dans un silence des plus complet, sans le moindre grincement, puis les deux ombres pénétrèrent dans la cour du temple. La porte se referma sans faire plus de bruit, et l’une des ombres guida l’autre jusqu’aux trois portes leur faisant face ; le guide désigna celle du milieu, qui s’ouvrit d’elle-même.
Les deux ombres entrèrent dans la cella et s’inclinèrent face à la statue du dieu.

Pardonnez-nous, ô grand Enlilūtu, pour ce que nous allons commettre.

Allons, Sadi, n’en fais pas trop, Marduk sait que nos intentions sont bonnes et je suis sûre qu’il n’aime pas de telles manières…

Le jeune prêtre fit la moue, gêné, contourna la statue et passa derrière une tenture. L’impératrice le suivit et posa Youwès au sol.

Ma Dame, voici l’Ekua, le Saint des Saints. Votre seule présence ici est sacrilège… Cependant, Marduk est Maître du Destin : votre présence en ces lieux ne résulte que de son accord. Il en va de même pour toi, magicien.

Lana acquiesça et commença les recherches. Youwès avait besoin des tablettes pour retrouver sa forme humaine, et elle voulait savoir à quoi il ressemblait ! Le lieu était relativement simple : un autel de bois au centre de la pièce, et des tentures couvrant chaque mur. Il devrait donc être facile de les retrouver.
Hélas ! de nombreuses heures passèrent pendant lesquelles ils cherchèrent en vain. Tout y passa : l’autel n’était pas creux, il n’y avait pas de double plafond, les tentures ne donnaient que sur un mur, pas d’interstice dans le pavage du sol… Lana se tourna vers Sadi :

Tu es sûr qu’elles sont dans le Saint des Saints ? Je ne sais pas, peut-être une erreur dans la transmission des textes…

Le prêtre dit qu’il ne pensait pas une erreur possible, mais que l’on ne perdait rien à essayer la cella du dieu. Aussitôt dit, aussitôt fait : Lana alla inspecter la statue et la salle qui l’environnait, tout en prenant soin de présenter ses excuses au maître du Panthéon. Ne trouvant rien, elle revint dans l’Ekua et demanda à Sadi quel autre lieu sacré se trouvait dans le temple.

Si vous rejoignez la cour et vous tournez vers nous, vous verrez deux portes entourer celle d’où vous viendrez. La porte du sud donne sur la cella de Nabû, le fils de Marduk, et la porte du nord donne sur celle de Zarpanitum, sa parèdre. Mais…

Il ne faut pas y aller ! coupa Youwès, c’est à cause d’elle que je n’ai pas ma vraie forme…

Lana leva un sourcil interrogateur et croisa les bras, attendant visiblement la suite. Le magicien sembla réfléchir, puis ouvrit la bouche. Aucun mot n’eut le temps d’en sortir : devant leurs yeux ahuris, l’autel s’embrasait.

Aussi soudainement qu’elles étaient apparues, les flammes disparurent, laissant sur l’autel deux tablettes d’argile.

28 oct. 2012. Haut de page.

Chapitre huit

Tu vas rester en place, oui ?

Iolas avait cru que ce serait plus facile. Tout avait été tellement facile jusque-là… Pour commencer, il était resté échanson impérial alors que c’était lui qui avait administré le poison à l’Empereur, et même après que son frère, Cassandre, fut exécuté par la nouvelle Impératrice. Ensuite, ladite Impératrice avait un point faible évident : son poulet, qu’elle adorait et qui se promenait partout dans le palais. Tenez : Iolas l’avait trouvé ce matin même dans une petite alcôve, posé devant deux anciennes tablettes en argile…
Sa vengeance lui avait semblé évidente : la meurtrière de son frère mangerait du poulet pour midi. Du poulet à l’impériale… Malheureusement, cet oiseau était incroyablement rapide, et l’échanson lui courrait après dans des couloirs fort heureusement déserts.

Alors qu’il perdait son souffle, Iolas crut renouer avec la chance quand, alors qu’ils déboulaient sur le parvis du palais, le poulet s’arrêta net. Il se trompait lourdement, mais n’eut pas le temps de réagir quand la bête se métamorphosa : sa gueule le happa, devant une foule médusée.

Quand elle entendit la clameur populaire, Lana se rua vers la terrasse la plus proche. Là, elle assista impuissante au spectacle qui effrayait tant la foule : un immense dragon s’élevait dans le ciel puis, avec un formidable rugissement, fondait sur elle. Elle s’agenouilla, implorant le pardon de Marduk, et là où aurait dû se poser la bête, se posa un homme, nu comme un ver. Alors qu’une tunique apparaissait autour de son corps fragile, le jeune homme s’adressa à l’impératrice :

Je suis d’accord, il nous faut remettre les Tablettes dans l’Ekua…

11 nov. 2012. Haut de page.

Chapitre neuf

Les deux Grecs devisaient gaiement dans les jardins, profitant de leur promenade hebdomadaire tantôt pour se souvenir de leurs années de batailles passées, tantôt pour évoquer les dernières rumeurs de la cour. Ce jour, Licos se demandait qui serait le nouvel amant de l’impératrice, maintenant qu’elle avait rompu sa liaison avec ce scribe pour qui elle avait promulgué tant de lois pour l’éducation des peuples… Peut-être serait-ce Youwès, son ami magicien ? Cela faisait tant d’années que la cour attendait…
Quinze années s’étaient écoulées depuis que Lana s’était lassée de sa compagnie au profit d’un jeune prêtre de Marduk, devenu depuis lors Grand Prêtre, et Héphaestion ne comptait plus les amants qu’elle avait eus. Et toujours arrangeait-elle sa politique pour plaire à l’élu de son cœur, tant et si bien que chacun à la cour, tout en tenant l’impératrice pour irresponsable, puérile et capricieuse, était bien content que le trône lui soi dévolu et espérait profiter de l’aubaine ; des pères présentaient même leur fils à la souveraine !
Héphaestion craignait être le seul à se rendre compte de l’intelligence avec laquelle Lana avait organisé ses courtisans autour d’elle, choisissant toujours ses amants en fonction des problèmes politiques qu’elle rencontrait. Ainsi avait-il servi d’intermédiaire quand elle avait besoin d’asseoir son pouvoir. Ainsi Sadi avait-il servi à apaiser les relations entre l’Esagil et le palais… Il y avait eu aussi cet émissaire venu porter les doléances des peuples à l’ouest de l’Égée, qui se sentaient lésés de n’avoir un rôle plus important dans l’administration de l’Empire… les Macédoniens reprirent quelques rôles clés dans les mois qui suivirent et aucun Perse ne s’en plaignit. Non, Youwès ne pouvait pas partager la couche impériale. Par contre, Aigos devenait un homme et Roxanne commençait à réclamer qu’il ait un rôle à jouer.

Comme pour lui donner raison, Lana surprenait le jeune prince en compagnie d’une esclave qui le déniaisait. Après avoir chassé la jeune fille et vertement tancé le garçon, elle dégrafa sa robe et se colla contre lui.

25 nov. 2012. Haut de page.

Chapitre dix

Le bâtiment disparaissait à l’horizon, se laissant petit à petit approprier par la mer et le feu solaire qui naissait devant lui. Ptolémée était confiant ; ses émissaires sauraient convaincre l’Impératrice du bien-fondé de son projet. Quand celle-ci l’avait nommé satrape d’Égypte, il avait choisi Alexandrie comme capitale pour la promesse qu’elle représentait. Lana avait encouragé ce choix affirmant qu’ainsi le peuple égyptien découvrirait les bienfaits de la manière hellène… C’était ce mouvement que le satrape voulait continuer : la ville cosmopolite méritait un plus grand héritage grec que ce vaste chantier qu’il administrait. Aussi avait-il envoyé une pleine cargaison de mousselines en lin, de parfums, d’or, d’ivoire et d’esclaves, qui ne tarderait plus à accoster, si Poséidon le voulait, en Phénicie ; destination finale : Babylone.
Si l’Impératrice l’acceptait, Alexandrie se verrait dotée d’une grande bibliothèque, d’un temple pour Sérapis, peut-être d’un autre pour Isis, ainsi que d’un joyau issu de sa propre imagination : une haute tour illuminée en son sommet, qui guiderait les navires jusqu’à la cité malgré l’obscurité nocturne.

C’est après un périple d’une vingtaine de jours que les émissaires de Ptolémée arrivèrent devant Lana. Ils s’inclinèrent, annoncèrent l’objet de leur venue et répondirent aux questions de l’impératrice. Cette dernière les renvoya annonçant qu’elle réfléchirait à la proposition de son satrape.

Lana aimait l’ambition de ce projet. Cependant, elle aurait préféré qu’une telle grandeur porte sa propre marque. Aussi fit-elle appel aux connaissances architecturales acquises en la bibliothèque de Byzance. Elle entama les plans, mais, insatisfaite du résultat et fatiguée par sa grossesse nouvelle, s’entoura-t-elle de conseillers.
Youwès, visiblement inspiré, fit merveille avec le temple de Sérapis. Un courtisan, Démétrios de Phalère fit de la bibliothèque un Palais des Muses abritant non seulement ladite bibliothèque, mais aussi une académie et une université. Enfin, un prêtre de Zarpanitum fit grand œuvre pour la demeure d’Isis. En revanche, personne ne sut fournir un travail satisfaisant concernant la Tour des marins.
La nuit portant conseil, Lana songea à cette merveilleuse terrasse publique de Cnide, bordée de si belles colonnades. Aussitôt fit-elle venir à elle l’architecte de ce chef-d’œuvre, le célèbre Sostrate. Quand ce dernier arriva, il se mit immédiatement à l’ouvrage et Lana sut que son intuition avait été la bonne. Ces monuments seraient érigés au plus tôt.

9 déc. 2012. Haut de page.

Chapitre onze

La délégation d’Eskhatè pouvait attendre : Lana écoutait attentivement la mélodie lancinante de ce formidable joueur de flûte pendant que ses médecins s’affairaient autour d’elle, préparant l’accouchement. Les contractions qui l’avaient prise quelques heures auparavant l’assaillaient encore et encore, et cette musique entêtante était le seul moyen d’y échapper…
Ainsi passèrent de longues heures encore avant la délivrance, pendant lesquelles elle maudit de s’être laissée engrossée par Aigos alors qu’il y avait tant de familles nobles avec lesquelles il eût été plus intéressant de forger une dynastie ! C’est pour ça qu’elle avait tenu à ce qu’il ne soit pas informé. Cependant, quand elle apprit de quel sexe était l’enfant, elle fut rassurée… ce n’était qu’une fille.
Elle succomba à la fatigue quand elle entendit sa fille pleurer. Si celle-ci survivait, Lana lui donnerait un nom.

Quand les limbes se dissipèrent, l’aube n’allait plus tarder à se lever. Lana s’enquit de sa fille, qui se portait à merveille, au contraire des nourrices qui s’en étaient chargées… Elle aurait un nom. Un nom qui honorerait les Grecs qui avaient conquis cet empire. Un nom qui toucherait les Perses. Khšayarša, « la meneuse des héros ». Lana exigea que l’on en informât le père ; ce jour devait par ailleurs être fêté dans tout l’Empire.

Le soir venu, quand les festivités prirent fin, Youwès avait semble-t-il bu plus que de raison, puisqu’il vint déranger Lana dans sa couche. Au fur et à mesure qu’il s’approchait d’elle, les vêtements du magicien tombaient au sol… Ce ne fut pas du goût de Lana, qui l’éconduit, lui rappelant qu’elle était son Impératrice. Youwès explosa :

Tu n’es souveraine que parce que je l’ai voulu ainsi. L’aurais-tu oublié, affranchie Lana ? Sais-tu seulement à qui tu t’adresses ?

Puis, disparaissant dans un nuage d’éclairs, il lâcha, tel un coup de fouet :

Je suis Zeus !

23 déc. 2012. Haut de page.

Chapitre douze

Lana était pétrifiée. Elle revoyait son époux, Nicandre, tué par la foudre. Comment avait-elle pu ne pas deviner ? Elle avait accaparé Zeus si longtemps, qu’elle n’osait imaginer ce qu’Héra lui concoctait.

Elle retrouvait ses esprits quand une servante entra sans prévenir et annonça en pleurs qu’un oiseau dont la queue avait cent yeux venait d’enlever Khšayarša. La nouvelle terrassa l’Impératrice, qui s’effondra.
Elle resta prostrée toute la nuit, là, à moitié nue sur sa couche…

Neuf lunes passèrent, sans un jour où Lana n’eût prié de toutes ses forces pour le pardon d’Héra, pour que la déesse lui rende sa fille, sans une nuit qui ne fut peuplée de cauchemars. Puis, un matin, peu avant l’aube, Héra elle-même rendit visite à l’Impératrice. Elle lui tint ces mots :

Ne t’en fais pas, ta fille va bien. Je te la rendrai, mais quand elle aura parachevé son éducation. D’ici là, quelques nymphes en qui j’ai toute confiance s’en chargeront.

Lana pleurait ; aussi la déesse posa une main sur son épaule.

Je ne t’en veux pas d’avoir passé tant de temps avec mon époux. Tu ne savais pas. En revanche, ce que je ne te pardonne pas, c’est de ne pas avoir donné de pouvoir aux femmes. Toujours, tu as donné des responsabilités à tes amants, jamais aux femmes qui t’entouraient. Pourtant tu le pouvais ! Tu es le plus grand souverain qui ait régné sur les hommes ! C’est pour ça, et pour ça seulement, que je t’ai pris ta fille. Elle te succédera, et ce cadeau que mon époux t’a fait lui coûtera le trône de l’Olympe.

La reine des dieux eut un sourire tendre pour Lana, puis, lentement, s’évapora dans la brume matinale.

6 janv. 2013. Haut de page.

Fin

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